(EN)QUÊTE DE SQUAT

D'expulsions en expulsions, les immigrés sans domicile sont condamnés à errer dans Bordeaux à la recherche d'un nouveau toit. Le parcours est long, difficile mais pas solitaire. En les accompagnant, les associations d'aide au logement pallient un manquement des pouvoirs publics, qui révolte.

©Zoé Moreau

©Zoé Moreau

"Un toit, un toit, c’est un droit!"

Devant les grilles de l'hôtel de ville de Bordeaux, une foule clairsemée scande ce slogan à répétition. Une banderole jaune marquée d’un énorme DAL 33 est déroulée, fixée aux grilles de la mairie : "Stop aux expulsions ! Application de la loi de réquisition et de la loi dalo".

Ce mardi 4 octobre 2022, les manifestants du DAL 33 veulent confronter la mairie et la préfecture à leurs manquements. Le DAL 33, tel est le nom de l’association de droit au logement de Bordeaux. Les mines sérieuses de ses bénévoles témoignent de l'urgence de la situation. "Il y a des familles dans la rue, des enfants et la mairie comme la préfecture ne font rien pour les aider", clame le porte-voix des manifestants. 

Dans l’été 2022, les expulsions de squats abritant des personnes issues de l’immigration ont explosé, selon les manifestants, mettant des dizaines de familles à la rue sans solution viable de relogement. Une expulsion en particulier est la source de la colère et des inquiétudes des bénévoles. Celle-ci a mis à la rue une trentaine de familles originaires, entre autres, de Géorgie, d'Arménie et d'Albanie.

Le 25 août 2022, le squat du "Petit Carreau" à été démantelé par la préfecture après 3 ans d’existence. 

L'expulsion

Situé rue Clare, en plein quartier Saint-Michel à Bordeaux, il abritait hommes, femmes et enfants depuis près de trois ans.

C'est le cas d'une famille albanaise assez nombreuse, qui s'est partagé quelques mètres carrés d'habitat à six : les parents et le fils dans une pièce; la fille, son mari et leur fils dans une autre.

Christina*, la mère de famille, a pris connaissance de l'existence de ce squat par du bouche-à-oreille. Elle raconte les conditions de vie qui ont été les siennes : "notre chambre était minuscule. Mon fils, Aziz*, devait dormir recroquevillé dans le canapé, sinon il ne rentrait pas dedans. Il a fini par dormir avec nous. A 17 ans, il devait dormir avec ses parents".

Des bouilloires et des seaux pour se laver

Les adjectifs "petit" et"étroit" dominent la description du lieu de vie: "La cuisine était minuscule. Et la douche aussi, très petite. Tellement petite que mon beau-fils s'est blessé dedans", raconte Christina. "Et nous n'avions ni eau chaude, ni machine à laver". Puis son mari de compléter : "Nous utilisions des bouilloires et des seaux pour nous laver".

Les conditions de vie sont précaires dans les squats, comme elles l'étaient au "Petit Carreau". Parfois pendant de nombreux mois, son sol était inondé.

Les conditions, souvent, insalubres n'ont pas empêché les habitants de partager des moments de vie au sein du squat. Voire, de s'approprier les lieux en y refaisant la peinture. "Nous faisions des fêtes tous les samedi ou dimanche", raconte Christina. "On écoutait de la musique, on dansait, mais surtout, on mangeait de la nourriture albanaise".

Un anniversaire célébré dans le squat du "Petit carreau"

Le squat du "Petit Carreau" s'est fait expulser au bout de plusieurs années d'existence. Une vie relativement longue pour ce type d'hébergement. Mais si les familles s'attendaient depuis longtemps à devoir quitter leur lieu d'habitation, cela ne les a pas empêchées de se laisser surprendre le 25 août. Finis les coups de pression anxiogènes, le courrier annonçant l'expulsion prochaine. Cette fois-ci, il faut partir... pour de bon.

Aux alentours de 8h30 du matin, les policiers débarquent rue Clare pour évacuer le squat. "Ils étaient une cinquantaine", raconte une des anciennes squatteuses. Christina complète son témoignage : "Ils criaient «sortez tous vos passeports!» tellement fort que j'avais peur que cela réveille mon petit-fils qui dormait". En l'espace de cinq minutes, tout le monde avait quitté les lieux. Pas le temps pour les habitants de prendre l'intégralité de leurs biens, accumulés au fil des ans : "J'ai laissé ma vaisselle, mes vêtements, mon sac et des papiers là-bas...", raconte Christina, désolée. Elle n'a jamais pu retrouver ses affaires, mis à part le cahier d'école de son petit-fils, récupéré plus tard par une femme de ménage.

Souvent, les squats ne sont que des expériences d'une nuit. Il arrive cependant qu' ils survivent plus longtemps : c'était le cas du "Petit Carreau". Malgré le niveau de vie très précaire de cette habitation éphémère, les expulsés n'attendent qu'une chose : retrouver un nouveau squat. Alors, quand on leur demande si le "Petit Carreau" leur manque, ils répondent quasi-unanimement "non, mais on a pas le choix."

S'il n'existe pas de règle sur la durée de vie d'un squat, la procédure, elle, est très codifiée. Le début du délogement commence par une plainte du propriétaire, qu'il soit un acteur privé ou public. C'est lui qui déclenche la procédure judiciaire à l'encontre du squat. Si la juridiction en charge du dossier donne raison au propriétaire, la police, après différentes étapes administratives, intervient pour mener à bien l'expulsion du lieu occupé sans titre.

Si la ville de Bordeaux n'est pas celle où l'on peut observer le plus d'expulsions, elle se situe dans le haut du classement. Elle occupe la cinquième place des communes où il y a le plus d'expulsions en France, derrière Calais et quelques communes alentours. C'est ce qu'affirme le rapport 2020-2021 de l'Observatoire des expulsions, regroupant plusieurs associations au niveau national. La Gironde est elle en deuxième position au niveau national, derrière le Pas de Calais.

L'errance

Que faire une fois expulsé ? Que faire dès lors qu'on sait qu'on va l'être ?

Il revient légalement à la préfecture de proposer une solution d’hébergement adaptée aux populations expulsées des habitats informels et contactant le 115. “C’est la préfecture qui a la prérogative de l’hébergement d’urgence”, explique Maitre Elodie Chadourne, avocate au barreau de Bordeaux et membre de l’Institut de Défense des Etrangers.

Pourtant, les solutions d’hébergement que la préfecture met à disposition se révèlent trop peu efficaces pour la juriste. Ces solutions sont peu nombreuses. Si les services de l'État en Gironde évoquent le financement de 4000 places, la juriste est ferme : “une chose est sûre, on ne les a pas encore”.

Au manque de logement s'ajoute un second problème souvent évoqué par les clients de Maître Chardoune : “les conditions de salubrité, d’hygiène et de sécurité [qui] ne sont pas aux normes : vous pouvez rentrer et dormir sur des matelas remplis de punaises de lit. On parle beaucoup de la prison, mais là, c’est la même chose pour des personnes libres”

Quel rôle de la municipalité ?

Peut-être faut-il se tourner vers la mairie dans ce cas. Même si la municipalité n’a pas d’obligation à reloger, elle pourrait mener une politique volontariste et mettre à disposition des logements sociaux pour apporter de l'aide aux services de l’État.

Harmonie Lecerf-Meunier, adjointe au maire, lors d'un rassemblement des associations d'aide au logement, le 13 octobre. (©Sofiane Orus-Boudjema)

Harmonie Lecerf-Meunier, adjointe au maire, lors d'un rassemblement des associations d'aide au logement, le 13 octobre. (©Sofiane Orus-Boudjema)

Harmonie Lecerf-Meunier, adjointe à la mairie de Bordeaux et chargée de l’accès aux droits, des seniors et de la solidarité, assure que des solutions sont proposées par la municipalité. La mairie dispose en effet de 38 appartements pouvant accueillir jusqu’à 150 personnes. Problème, ces solutions ne sont pas assez nombreuses et déjà saturées. Il en est de même pour le 115 (le service d’écoute et d’urgence social) auquel il est impossible de faire appel tant les demandes sont nombreuses et en constante augmentation.

"On est arrivé à un stade où il n'y a plus de solutions légales, [...] on ne peut plus dire d'appeler le 115. Le 115 ne peut plus rien faire. "
Maître Delphine Meaude

Vers où peuvent donc se tourner ces personnes ? Comme l’explique Maître Delphine Meaude, avocate du barreau de Bordeaux, présidente de l'Institut de défense des étrangers, il lui est impossible d’aider toutes les personnes expulsées. Elle les renvoie donc vers des associations.

"Ce n'est pas mon rôle en soi [de reloger], mais c'est pour cela que les avocats bossent avec les assos. Humainement, on ne peut pas dire à ces familles de rester dehors sans solution."
Maître Delphine Meaude

Des associations malheureusement nécessaires

Filiale locale d’une association nationale, l'association de Droit au Logement de Gironde (DAL 33) a été reprise en 2010 par Myriam Eckert et ses camarades, avec un objectif en tête : ne plus rester inactifs face à la misère, militer et “combattre” pour les familles à la rue. Comment mener cette bataille ? Par le relogement. Le DAL assiste les personnes expulsées des squats dans leur quête d'un nouveau logement, qu'il soit légal ou non.

“On aide les familles issues de l’immigration à trouver un logement. Bien sûr, on les assiste dans les demandes de papier, notamment  à cause de la barrière de la langue, mais ce n’est pas notre principal cheval de bataille. Nous, on les aide à trouver des squats."
Myriam Eckert, porte-parole du DAL 33 et conseillère municipale de la liste "Bordeaux en Lutte"
Les bénévoles du DAL 33 (dont Myriam Eckert ici au centre) cherchent à reloger les familles expulsées de leurs lieux de vie. Photo : Lucas Zaï--Gillot

Les bénévoles du DAL 33 (dont Myriam Eckert ici au centre) cherchent à reloger les familles expulsées de leurs lieux de vie. (©Lucas Zaï--Gillot)

Les bénévoles du DAL 33 (dont Myriam Eckert ici au centre) cherchent à reloger les familles expulsées de leurs lieux de vie. (©Lucas Zaï--Gillot)

Rencontre avec les bénéficiaires

Devant la grille de la mairie sur la place Pey-Berland, le 5 octobre 2022, Olga*, mère de famille russe, est venue vêtue d'une chemise rouge. C'est son avocat qui lui a conseillé de se tourner vers le DAL 33, réuni pour manifester contre les expulsions, dont celle du "Petit Carreau". Le visage marqué par l'inquiétude, cette professeure d'anglais et d'allemand s'est avancée vers un visage souriant, à l’écoute et désireux d’aider, celui de Nadia Asnoune Fouché.

Nadia est bénévole du DAL 33 depuis peu. Déjà militante politique, elle “participait aux manifestations [de gilets jaunes] les samedis et à des actions en semaine”. L’expulsion du squat du “Petit Carreau” lui a mis le pied à l’étrier.  "J'ai voulu passer à l'action" explique-t-elle.

 "J'ai voulu passer à l'action" Nadia Asnoune Fouché, explique son engagement au sen du DAL (Photo Sofiane Orus-Boudjema)

Des rendez-vous de suivis hebdomadaires

Nadia et le DAL organisent chaque semaine des rendez-vous de suivi autour des tables de pique-nique de la place André Meunier. Elle met à disposition l'aide de l'association à toute personne qui recherche un hébergement d'urgence. Véritables moments de sociabilité, ces rendez-vous hebdomadaires permettent de faire le point sur les situations propres à chaque famille, à chaque groupe.

Les sourires sont présents sur tous les visages le jeudi 13 octobre. On y prend des nouvelles autour d'un sandwich triangle, quelques madeleines... Pour certaines familles séparées depuis l’expulsion du squat du “Petit Carreau”, ce sont des retrouvailles. Aziz rejoint son père et sa mère, rit avec eux et les rassure. Ils vont trouver une solution.

Une aide juridique et psychologique

C’est lors d’une de ces réunions qu'Olga est venue à la rencontre de Nadia. D’un air grave, la mère de famille russe tend un courrier de la préfecture à la bénévole. Une mise en demeure. Avec ses trois enfants et son mari, elle doit quitter, avant le 26 octobre, son lieu de vie : un squat ouvert dans le courant de l’année 2021.

Nadia prend compte de toutes les informations qu'Olga lui donne. Elle est arrivée en France il y a neuf ans et demi. Ses trois enfants sont scolarisés en grande section, en CP et en CM2. Le plus âgé va bientôt pouvoir faire sa demande de nationalité. Après une pause, Olga demande à Nadia un délai : "il est possible de décaler la date [de l'expulsion] ?"

Non. Une fois la mise en demeure envoyée, il est quasiment impossible de faire marche arrière. Mais Nadia ne perd pas son sourire face à la mine déconfite de son interlocutrice. "On va vous aider, vous allez retrouver un logement."

"Je suis aussi là pour les rassurer, leur donner espoir"
explique Nadia en prenant les coordonnées d'Olga.

Mais il ne s’agit pas seulement de rassurer les familles, il faut les accompagner, les autonomiser dans leur quête. Après avoir fait le tour de la dizaine de personnes présentes à la réunion, Nadia et ses camarades listent toutes les demandes. Noms, prénoms, nombre de personnes dans la famille, moyens de contact, papiers d’identité et potentielles cartes de séjour. Tout élément est utile pour répondre aux demandes. 

Une fois la liste établie, des groupes sont formés. Les membres doivent, là encore, ouvrir les yeux pour repérer des logements vacants. C’est la première étape pour espérer trouver un squat. 

Vers un nouveau squat

D’une semaine sur l’autre, les familles reviennent avec une idée des lieux qui pourraient devenir leur nouveau toit. Mercredi 19 octobre, quatre groupes, dont celui d'Aziz, ont repéré un bâtiment probablement vide. Maintenant ils veulent passer à l’action.

“On ne peut pas tout faire, explique Nadia, il faut que les personnes que l’on aide soient autonomes sur la fin de leur parcours, c’est pour ça qu’on va demander à des squatteurs expérimentés de leur expliquer les dernières étapes avant l’ouverture, parce que nous on ne sait pas bien faire.”

Une autonomisation du combat

Le lendemain, la tension et le sérieux se lisent sur le visage des réfugiés. Aziz et sa famille sont présents, une mine plus fermée qu’à l’accoutumée. Son père, assis, trépigne frénétiquement sa jambe de stress.

À leur arrivée, Myriam et Nadia égayent les esprits, saluent chaque personne et jouent avec les enfants. Les trois squatteurs aguerris se greffent à leur tour à la réunion avant de se pencher avec le DAL33 sur les dossiers en cours. 

Les compositions des squats validées, Myriam et Nadia font le point sur les adresses avec les trois squatteurs. Quatre bâtiments ont été repérés, il faut agir vite. Être efficace. 

Trouver un squat : un parcours précis

Après avoir récupéré les téléphones - aucune information de nature à compromettre la localisation des squats ne doit fuiter - le brief des squatteurs peut commencer. En quelques minutes, ils expliquent les étapes de l’ouverture d’un squat aux principaux intéressés. 

Une fois le repérage effectué (et après avoir réussi à trouver un moyen de s’introduire dans le bâtiment), il faut s’assurer de sa vacuité. Pour cela on peut laisser des marqueurs au sol qui, si personne ne vient, ne devraient pas bouger. Après avoir vérifié (quelques jours après la pose des marqueurs) que le bâtiment est abandonné et non surveillé, le DAL peut le “cadastrer”, déterminer son propriétaire grâce au cadastre municipal. 

Début de l'opération "sous-marin"

Se déclenche par la suite l’opération “sous-marin”: occuper pendant 48 heures le lieu après s’être barricadé dedans. Pourquoi 48 heures ? Car il s’agit de la durée légale à partir de laquelle un squatteur ne peut plus être expulsé sans décision de justice.

Ce délai passé, l’ouverture officielle peut avoir lieu. Celle-ci doit se faire en présence d’un huissier pour que celui-ci atteste de l’occupation des lieux depuis plus de deux jours. A ce moment, le squat est ouvert.

C’est à l’ouverture du squat que les membres du DAL 33 rejoignent les lieux pour prévenir le voisinage, expliquer la situation aux riverains et pour apporter le soutien associatifs aux nouveaux squatteurs face aux forces de l'ordre envoyées sur place.

Chacun écoute le brief avec beaucoup de sérieux. Parfois le ton monte, le stress reprenant le dessus. Aziz est pressé, il veut ouvrir le squat qu'il a repéré dès que possible. Il partira le soir même avec une bénévole po ur faire des photos du lieu et une inspection des serrures. L’ouverture ne pourra pas se faire avant la fin de semaine, faute de personne. Il faudra patienter quelques jour de plus. “Je suis confiant, lâche Aziz avec un sourire, ma mère l’est moins mais je pense que ça va le faire.” 

Nadia et Myriam sont, elles aussi, plutôt satisfaites de cette rencontre entre les squatteurs et les familles sans domicile. Bien que l’ouverture d’un squat ne marque pas la fin de l’action du DAL, “la liste est encore longue et ne cesse de se rallonger”. Voir que les personnes qui demandaient de l’aide quelques semaines auparavant s’autonomisent, réchauffe leurs cœurs. 

“J’ai l’espoir que cela aboutisse, j’y crois à fond” confie Nadia, toujours le sourire au bout des lèvres. 

"On ne peut pas tout faire, explique Nadia, il faut que les personnes que l’on aide soient autonomes sur la fin de leur parcours" (©Lucas Zaï--Gillot)

"On ne peut pas tout faire, explique Nadia, il faut que les personnes que l’on aide soient autonomes sur la fin de leur parcours" (©Lucas Zaï--Gillot)

Myriam, Nadia et Samia du DAL vérifient que chaque groupe est bien constitué avant le dernier brief. (©Lucas Zaï--Gillot)

Myriam, Nadia et Samia du DAL vérifient que chaque groupe est bien constitué avant le dernier brief. (©Lucas Zaï--Gillot)

Après la réunion l'espoir d'une nouvelle ouverture de squat renaît. (©Lucas Zaï--Gillot)

Après la réunion l'espoir d'une nouvelle ouverture de squat renaît. (©Lucas Zaï--Gillot)

Un message d'appel à la mobilisation. Samedi 22 octobre, Nadia transmet un message à ses contacts : un appel à la mobilisation à transmettre à un maximum de monde uniquement par SMS ou messagerie cryptée. Convier beaucoup de monde pour l'ouverture d'un "beau et gros bâtiment", c'est un moyen d'assurer la viabilité du squat.

Le rendez-vous est donné à 10h à Bègles. Le but de la journée est de faire constater le squat par les forces de l'ordre et un huissier pour lui donner une existence officielle. Après l'opération "sous-marin", le jour de cette ouverture officielle est une étape cruciale.

De nouveaux voisins

Dans la matinée, une quinzaine de personnes se dirige vers le lieu du nouveau squat. Elles sont venues en renfort, au cas où les forces de l'ordre viendraient expulser le squat illégalement. L'opération "sous-marin" a duré plus de 48h : les squatteurs ne peuvent plus être délogés. Pour prouver que la durée d'occupation a bien été respectée, ils ont notamment inscrit leur nom sur une boite aux lettres pour pouvoir y envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception.

Les volets peuvent s'ouvrir : le squat n'a plus besoin d'être caché. Nadia, absente ce jour, racontait ce moment comme un des plus émouvants du processus: il symbolise l'ouverture d'un nouveau lieu de vie.

Des conditions de vie rudimentaires mais suffisantes

Plusieurs familles vont habiter ce bâtiment qui auparavant hébergeait les bureaux d'une association. Les nouveaux habitants disposeront de l'eau courante mais pas de l'électricité.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

Le futur habitat de plusieurs familles

Le futur habitat de plusieurs familles

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Images du squat transférées par un habitant de l'habitat.

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Le futur habitat de plusieurs familles

Le futur habitat de plusieurs familles

Pour l'heure, l'urgence est de faire constater officiellement l'occupation du squat par l'huissier et les forces de l'ordre. Alors, on appelle le 17 et on simule un témoignage de voisin venu se plaindre d'une occupation "illégale".

"Ils s'en foutent !", se désole une des squatteuses à l'intention des policiers. "Ils doivent être en train de prendre le café à l'heure qu'il est".

Des squatteurs qui se plaignent de l'absence des forces de l'ordre : un comble, pourrait-on penser. Seulement, ils redoutent que l'absence de considération par la police soit un moyen de "jouer la montre": s'ils viennent plus tard, certains venus en soutien seront peut-être partis par lassitude...

Dans l'après-midi, les brigadiers de la police nationale, puis de la police judiciaire, se sont finalement rendus sur les lieux. Edith*, une squatteuse venue en aide, estime que la rencontre avec les forces de l'ordre s'est "très bien passée".

Les nouveaux squatteurs devraient recevoir en début de semaine une visite des représentants des propriétaires des lieux, l'Etablissement Public d'Aménagement (EPA) Euratlantique. Edith s'attend à "un petit coup de pression de la part du propriétaire" mais note que, pour elle, "la pire étape est passée".

Le squat devrait donc être officiel et sécurisé dans quelques jours, délai au bout duquel plusieurs familles pourront poser leurs valises. Et occuper le lieu, jusqu'à la prochaine expulsion...

* : certains prénoms ont été modifiés par souci d'anonymat

©Zoé Moreau / Les volets se lèvent et inaugurent l'ouverture d'un nouveau squat à Bègles.

©Zoé Moreau / Les volets se lèvent et inaugurent l'ouverture d'un nouveau squat à Bègles.